mardi 30 juin 2015

30/06 - GRÈCE: DÉFENSE DE LA DÉMOCRATIE.

Non à un nouvel emprunt et de nouvelles dettes.
La Grèce ira bien sans le boulet de l'Euro.

JACQUES SAPIR, enfin un homme qui connait vraiment les "problèmes" de la Grèce et ose en parler franchement. Il connait également bien la Russie qui est en affaire avec la Grèce en ce moment où tout va basculer.





Vidéo - Jacques Sapir face à Ruth Elkrief.
Il dément ses aprioris de journaliste aux ordres qui répète tout ce qui lui est soufflé si une journaliste veut faire carrière.  Comme beaucoup de français à qui cela a été dit et redit, elle pense que les grecs sont des gueux qui ne veulent pas
Jacques Sapir, économiste et directeur d'études à l'EHESS, a répondu aux questions de Ruth Elkrief, ce lundi 29 juin 2015, sur la décision d'Alexis Tsipras de recourir à un référendum pour une éventuelle sortie de la Grèce de l’Eurozone.



Jacques Sapir, économiste, directeur d’Études EHESS
La décision d’exclure la Grèce d’une réunion qualifiée après coup d’informelle de l’Eurogroupe le samedi 27 juin représente l’équivalent d’un coup de force de la part du Président de l’Eurogroupe, M. Jeroen Dijsselbloem. Il s’agit d’un acte inouï qui viole tant l’esprit que la lettre des traités de l’Union européenne. L’absence de réaction des autres participants est tout aussi grave. Ce jour fut un jour très noir pour la démocratie. Ce dimanche 28 juin les pressions sur la Grèce ont reprises. Les jours qui viennent pourraient, eux aussi, s’avérer des jours sombres pour la démocratie en Europe comme en Grèce. Il faut en mesurer la portée et les conséquences.

Yanis Varoufakis et Alexi Tsipras

Les faits
La réalité des faits est que M. Dijsselbloem a demandé, lors de la réunion de samedi 27, au Ministre grec des finances, M. Yanis Varoufakis de sortir de la salle. L’Eurogroupe a publié un communiqué sans l’accord du Ministre grec, que l’on trouvera ici.

Communiqué de l’Eurogroupe, publié au Journal Officiel de l’UE :
 

Ce communiqué porte en note que le texte représente l’avis de tous les membres sauf la partie grecque. La position de la partie grecque n’est nullement évoquée comme cela se pratique (ce que l’on appelle une «position minoritaire»). On doit ici faire plusieurs remarques :
-         Si la réunion était, comme l’a dit M. Dijsselbloem une réunion «informelle», pourquoi a-t-elle fait l’objet d’un communiqué ?
-         Si cette réunion n’était pas informelle, de quel droit le Ministre grec en a-t-il été exclu, et de quel droit sa position n’est pas mentionnée dans le communiqué ?
-         L’Eurogroupe est un «groupe informelle» dans le cadre des institutions de l’Union européenne. Mais, il agit par délégation du Conseil européen, dont il reprend une partie des attributions. De ce point de vue, il est tenu par les règles, tant explicites que tacites qui sont celles du Conseil.

La décision de M. Dijsselbloem constitue donc un abus de pouvoir caractérisé, un acte qui pourrait être jugé comme illégal, que ce soit devant la Cour Européenne de Justice ou devant la Cour Internationale de La Haye. Il est donc inouï que M. Dijsselbloem ait pris cette décision. Mais, il est tout aussi inouï que les autres Ministres présents n’aient pas réagis. De ce point de vue, la position de Michel Sapin, Ministre français des finances est parfaitement incompréhensible. Il ne peut à la fois prétendre que «la Grèce fait toujours partie de l’Union Economique et Monétaire» et assister, comme il le fit ce samedi 27 juin, à une réunion dont le Ministre grec était exclu. Il y a là une contradiction irrémédiable. Rappelons que, au cas où la décision de M. Dijsselbloem serait condamnée en justice, tous les Ministres qui ont assisté à cette réunion pourraient être poursuivis pour complicité dans un abus de pouvoir.

La position de Yanis Varoufakis.
Sur son blog, le Ministre des finances grec donne très clairement les raisons pour lesquelles il n’a pas accepté les propositions de l’Eurogroupe ainsi que les raisons qui le conduisent à penser que ces propositions constituaient en réalité un ultimatum. Le texte de sa déclaration, qui n’a pas été contestée par les autres membres de l’Eurogroupe et que l’on peut considérer comme authentique, montre que l’on a été en présence d’un raisonnement économique parfaitement articulé. Les arguments avancés par M. Varoufakis sont des plus sérieux, et il a reçu le soutien de plusieurs économistes de réputation internationale (comme Paul Krugman ou Joseph Stiglitz).
Il est toujours possible de contester des éléments de la logique de Varoufakis. Mais il faut alors se situer au même niveau que lui. Force est de constater que ce n’est pas le cas avec les soi-disant «propositions» formulées par l’Eurogroupe. En réalité, ce dernier n’a nullement abordé la question du développement économique de la Grèce, mais uniquement par quels moyens et quelles procédures continuer d’extorquer de ce pays des paiements qu’il ne peut fournir. L’Eurogroupe a bien poursuivi une logique politique et non une logique économique. Dès lors, la rupture entre la Grèce et l’Eurogroupe prend une toute autre dimension qu’un conflit entre un débiteur et ses créanciers. Ce qui était en cause est la souveraineté du peuple grec. La rupture ne s’est donc pas faite sur des questions économiques mais sur le constat que l’Union européenne applique désormais l’équivalent de la «doctrine Brejnev» de souveraineté limitée, qui avait été exprimée lors de l’intervention des pays du «Pacte de Varsovie» en Tchécoslovaquie en août 1968.

Il est un comble qu’alors que l’Union européenne se drape dans une «défense de la démocratie» par exemple en Ukraine (en oubliant opportunément le rôle des milices fascistes qui aident le gouvernement de Kiev) elle piétine de la manière la plus froide et la plus claire cette dite démocratie en ce qui concerne la Grèce. Cette leçon devra être retenue. Le 27 juin 2015 pourrait bien être dans l’esprit de beaucoup l’équivalent pour l’Union européenne de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, qui aida beaucoup à décrédibiliser le régime soviétique et précipita sa chute 20 ans après.

Le rôle de la BCE
Dans ce contexte, la décision de la Banque Centrale Européenne de maintenir au même niveau l’aide à la liquidité qu’elle fournissait à la Grèce (ce que l’on appelle l’ELA) a été le déclencheur des événements de dimanche 29 juin au soir. Confrontées à des sorties importantes de capitaux depuis le mois de janvier dernier, les banques grecques sont en effet vitalement dépendantes du programme d’aide de la BCE. Les sorties se sont accélérées depuis ces derniers jours. L’annonce du maintien de l’ELA mais à son même niveau équivalait à menacer les banques d’une pénurie de liquidité à court terme.


Le gouvernement grec a donc été contraint contre sa volonté de mettre en place un contrôle des capitaux et de mettre les banques en sommeil pour une semaine. C’est une décision extrêmement grave, et elle pourrait rendre la tenue du référendum sans effet si elle aboutissait, de fait, à acter le défaut et une expulsion hors de la zone Euro de la Grèce. Il semble que le gouvernement grec se soit résigné à cette logique, en dépit des déclarations qu’il a faites tant samedi que dimanche.
Mais, c’est aussi une décision qui révèle la violence du chantage exercé sur la Grèce par les pays créanciers. Il conviendra de s’en souvenir le moment voulu.
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En 2012, l'Allemagne demandait officiellement à la Grèce de détruire le Parthénon, trop cher à l'entretien
Berlin exige la démolition du Parthénon. Le coût de l'entretien du site serait trop élevé et menacerait l'équilibre des finances publiques grecques. Non entretenu, le temple menacerait de s'effondrer et pourrait blesser des touristes visitant le site. Le consulat allemand à Athènes rappelle que des milliers de touristes allemands visitent le site chaque année.
Seule capitale en Europe à protester, Rome a condamné les déclarations du gouvernement allemand. Paris se tait, à l'instar des autres capitales européennes.
Le gouvernement allemand a répondu qu'il était prêt à envisager la déconstruction du Parthénon et son transfert puis remontage dans un musée allemand. Le monument, chef d'œuvre de l'humanité, serait ainsi mieux préservé que s'il restait sur le sol grec.
La baisse des dépenses publiques a entraîné des coupes très importantes dans tous les services publics. En janvier, le célèbre cinéaste grec Theo Angelopoulos serait décédé en raison du mauvais fonctionnement des services ambulanciers dont les véhicules n'ont pas fonctionné, laissant l'artiste sans soin pendant près d'une heure. Les écoles manquent de tout.

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Blog de Jacques Sapir sur la Russie et l'Europe

La minute de Jacques Sapir : Dette grecque et effet de contamination, des enjeux "philosophiques" - 23/06
Le 23 juin, la possibilité d'un effet "boule de neige" après le défaut grec a été le thème abordé par Jacques Sapir dans Intégrale Placements, avec Guillaume Sommerer sur BFM Business.
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/replay/jacques-sapir/

Dette grecque et effet de contamination, des enjeux "philosophiques" 

Mélenchon à Hollande sur la Grèce: "Tu ne peux pas laisser faire ça"
Le député européen très critique à l'égard de l'attitude européenne sur le dossier sensible de la dette grecque, s'est adressé directement à François Hollande. "Je dis à François Hollande: 'Tu ne peux pas laisser faire ça, car ça se fait contre la France et demain ça se retournera contre nous'". "Si madame Merkel veut diriger la Grèce, elle n'a qu'à aller se présenter aux élections en Grèce", a-t-il martelé. La Grèce, qui risque de ne pas pouvoir rembourser 1,5 milliard d'euros au FMI le 30 juin et qui a décidé d'organiser un référendum sur les propositions de ses créanciers, provoquant une rupture des négociations.
http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/mlenchon--hollande-sur-la-grce-tu-ne-peux-pas-laisser-faire-a-571355.html

Jacques Sapir vs Robin Rivaton: Le face à face de Ruth Elkrief - 13/02
Le face à face a opposé Jacques Sapir, économiste, spécialiste de la Russie et des questions monétaires, et Robin Rivaton, économiste, auteur de "La France est prête" (Éd. Les Belles Lettres). Ils se sont penchés sur le dossier de la dette grecque, qui était au coeur du sommet européen.
http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/jacques-sapir-vs-robin-rivaton-le-face-a-face-de-ruth-elkrief-1302-445359.html

Quel avenir pour la Grèce en zone euro ? - 10/02

La minute de Jacques Sapir : L'implosion des systèmes politiques en Espagne et en Italie - 02/06
Le 2 juin, les mutations politiques de l'Italie et de l'Espagne ont été le thème abordé par Jacques Sapir dans Intégrale Placements, avec Cédric Decoeur et Guillaume Sommerer, sur BFM Business.


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