vendredi 17 octobre 2014

17/10 - LA TERRE NOURRICIÈRE :
 LA VILLE QUI VOUS NOURRIT GRATUITEMENT.
 Cultiver son jardin : un acte militant.

vidéos de Lydia et Claude Bourguignon  
Série de 15 petites vidéos. D'autres en fin d'article

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C’est le magazine économique Les Affaires qui le dit en titre : « La ville qui vous nourrit gratuitement ». On parle bien des Incroyables Comestibles à Todmorden et de son mouvement citoyen Incredible Edible. Il faut que le phénomène soit suffisamment fort et incroyablement novateur pour que l’hebdomadaire économique canadien investisse le sujet au point d’enquêter sur place au Royaume-Uni, à Todmorden, pour constater la réalité du nouveau paradigme des Incroyables Comestibles et de la nourriture à partager. Ce que les anglais appellent « Food To Share », servez-vous librement, c’est gratuit. Voici le récit intégral publié par Les Affaires le 17 août 2013, illustré des images Incredible Edible, il faut parfois le voir pour le croire…

Touchées par la crise et inquiètes pour l’environnement, trois citoyennes de la ville anglaise de Todmorden décidaient en 2008 de transformer les espaces publics en potagers accessibles à tous. Elles allaient du même coup y semer les graines d’un art de vivre favorisant l’approvisionnement local et la vie communautaire. Depuis, de nouveaux commerces ont vu le jour et Todmorden attire des milliers de visiteurs venus s’inspirer du mouvement Incredible Edible, qui a fait boule de neige aux quatre coins de la planète.

Le paysage urbain surprend. Des plants de maïs sucré poussent dans de grands bacs posés devant l’entrée asphaltée du poste de police. Il y a des pommiers et un jardin de plantes médicinales sur les terrains du nouveau centre de santé. Une multitude de fines herbes poussent sur le chemin de halage le long du canal. Des potagers ont aussi essaimé dans les cours d’école. Avec ce même message inscrit sur des écriteaux, «Nourriture à partager» ou «Servez-vous, c’est gratuit», qui rappellent que tous ces potagers disséminés dans la ville sont accessibles à tous !


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Ce sont les «jardins de la propagande», comme se plaisent à les nommer Estelle Brown, Mary Clear et Pam Warhurst, les cinquantenaires qui ont lancé le mouvement « Incredible Edible » (littéralement, les Incroyables comestibles) en 2008 dans la petite ville anglaise de Todmorden. Là, des espaces publics ont été transformés en jardins potagers pour redonner l’envie aux résidents de consommer des produits frais et locaux et d’y cultiver un nouvel art de vivre.
«Au début, on nous traitait de vieilles excentriques qui n’avaient rien de mieux à faire. La crédulité a fait place à la crédibilité», dit Pam Warhurst, activiste de cette petite ville de 15 000 habitants plantée dans les vallons du Yorkshire, à mi-chemin entre Manchester et Leeds.
À preuve : les trois femmes sont régulièrement invitées comme conférencières en Europe et ailleurs dans le monde. Todmorden accueille annuellement des milliers de visiteurs anglais – dont le Prince Charles – et de l’étranger, venus s’inspirer de cette initiative d’Incredible Edible. Des touristes visitent aussi ces jardins.

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«C’est très inspirant, ça donne le goût de faire des gestes semblables pour changer nos façons de faire et nos habitudes de vie», souligne Karen Rootenberg, rencontrée à Todmorden lors de son passage avec un groupe d’une vingtaine de citoyens et d’universitaires du pays de Galles.
Le mouvement amorcé à Todmorden a essaimé aux quatre coins de la planète. Jusqu’en Nouvelle-Zélande : après le tremblement de terre qui a secoué la ville de Christchurch en 2011, des dirigeants sont venus à Todmorden pour voir comment cette démarche de potagers communaux pourrait s’inscrire dans la reconstruction de la ville.

« La révolution Peas and Love«
En 2008, la crise économique frappe durement Todmorden, victime depuis plusieurs années déjà de la désindustrialisation. Sa population, qui s’élevait à plus de 25 000 habitants il y a 100 ans, continue de décliner.
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Pam, Mary et Estelle invitent alors leurs concitoyens à prendre les choses en main. Une soixantaine de personnes se présenteront au Bear Cafe, un bistro-coopérative qui deviendra leur quartier général.

«L’idée était de réfléchir à une autre façon de vivre et à voir comment on pouvait utiliser différemment nos ressources afin d’assurer un meilleur avenir pour nos enfants et la planète», explique Mme Warhurst, qui s’inquiète particulièrement des effets des changements climatiques.

Pour sa part, Estelle Brown n’avait aucunement envie de se retrouver dans une ville désertée par des citoyens qui vont travailler dans les grandes cités de Manchester et de Leeds. «J’ai déjà vécu dans une ville-dortoir et je ne voulais pas revivre cette expérience où les gens partent le matin et reviennent le soir. Ça ne fait pas une ville et une communauté très animées», précise-t-elle.
Rapidement, les discussions lors de cette réunion publique ont porté sur la nourriture, son approvisionnement et le concept d’autosuffisance alimentaire. «C’est un langage universel qui peut être compris partout dans le monde», dit Mme Warhurst.
Une première bande de terre où poussaient des mauvaises herbes le long de la rue principale a été transformée en un petit jardin d’herbes aromatiques. Une visite des instigatrices au nouveau centre de santé, construit au coût de 9,5 millions de dollars, a convaincu les médecins d’adhérer au mouvement «On leur a dit qu’il serait beaucoup plus logique que les patients puissent cueillir une pomme quand ils viennent au centre de santé», raconte Mary Clear, qui travaillait comme agente communautaire avant de travailler à plein temps et bénévolement au développement du mouvement Incredible Edible. Elle précise que les dirigeants du centre de santé se sont aussi laissés convaincre parce que ça ne leur coûtait pas un sou.

c561_incredible_edible_todmorden_green_route_estelle_brown_francois_rouillay_incroyables_comestibles_w1024Les arbustes qui avaient été plantés lors de l’aménagement extérieur du centre de santé ont été remplacés par des arbres fruitiers, divers plants de légumes et un jardin de l’apothicaire, composé d’échinacées, de camomilles et d’autres herbes médicinales que patients et passants peuvent cueillir gratuitement.
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Puis, un peu partout dans la ville, des bénévoles ont utilisé des espaces verts et installé des bacs de plantation pour y créer des potagers. Plus de 800 arbres fruitiers ont été plantés dans la ville. Deux fois par mois, le dimanche, une équipe de 10 à 20 bénévoles s’occupent de semer, puis d’entretenir les sites de plantation.
«On n’a pas réalisé d’études ni écrit de rapports, on n’a pas demandé l’autorisation des autorités pour le faire, on l’a simplement fait», mentionne Pam Warhurst pour souligner la spontanéité de ce mouvement citoyen qui repose sur trois piliers interreliés : la collectivité, l’éducation et l’économie.

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« Small is beautiful »
Incredible Edible n’est pas sans rappeler les thèmes abordés dans le recueil d’essais Small is Beautiful, écrit au début des années 1970 par l’économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher. Son ouvrage traite de l’importance de vivre dans une société à l’échelle humaine et de l’utilisation durable des ressources naturelles.
«On ne se laisse pas décourager par ceux qui nous disent que nos petits gestes sont vides de sens face aux problèmes de la planète. Je crois plutôt en la puissance des petites actions et au concept de la communauté», dit Pam Warhurst.

Les instigatrices «ont pris l’expression « penser globalement, agir localement » au pied de la lettre», note Lindsay Smales, président d’Urbanalysis, une firme-conseil britannique en architecture et urbanisme, et professeur invité à la Faculté des arts, de l’environnement et des technologies de l’Université métropolitaine de Leeds.
Le mouvement Incredible Edible a réussi son pari de promouvoir l’approvisionnement local. Il a amené les résidents à demander et obtenir davantage de produits locaux dans les restaurants, les pubs et les chaînes d’alimentation de la ville.
Sur le menu du Bear Cafe, ce bistro végétarien où tout a commencé, figure une carte de la région qui indique le nom des fournisseurs locaux. «Nous visons à ce qu’au moins 80 % de nos ingrédients soient produits dans la région», dit Rhian Warhurst, copropriétaire du café et fille de Pam.

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Le Bear Cafe a même investi dans la construction de serres pour produire ses propres laitues, oignons, concombres et fines herbes, entre autres.
Bon nombre de citoyens ont aussi commencé à cultiver leur potager. L’adoption d’un nouveau règlement municipal leur a permis d’avoir quelques poules pondeuses et d’offrir leur surplus d’œufs à d’autres résidents.
L’Eyjafjöll aussi a donné un coup de pouce au mouvement. En 2010, l’éruption de ce volcan islandais et la suspension du trafic aérien qui s’en est suivie ont grandement aidé la cause, note Mary Clear. «Soudainement, les gens ont réalisé que ça prenait seulement un volcan pour créer une pénurie de nourriture sur les étalages de Marks & Spencer et autres chaînes d’alimentation», dit-elle en faisant référence à cet épisode, qui a joué un rôle déterminant dans la promotion de l’approvisionnement local.

« Des retombées économiques et sociales »
Incredible Edible a engendré d’autres retombées. La ville a vu de nouveaux commerces ouvrir leurs portes, tels qu’une fromagerie, une boulangerie, une pizzeria et une microbrasserie, qui se font un devoir de s’approvisionner localement.
Les instigatrices du mouvement souhaitent que d’autres entrepreneurs en herbe saisissent la balle au bond pour lancer des entreprises de transformation alimentaire. Il reste aussi à convaincre les fermiers et éleveurs de moutons et de chevaux, qui exploitent des terres sur les collines surplombant la ville, de se joindre au mouvement afin de produire des légumes à plus grande échelle.
«On a déjà fait pousser diverses céréales sur ces terres. Aujourd’hui, il y a seulement du gazon qui sert à nourrir les bêtes», déplore Steve Welsch, qui dirige la petite entreprise sociale Incredible Aqua Garden, créée en 2010 et comptant deux employés. Il estime que 300 acres seraient suffisants pour alimenter en légumes la population de Todmorden. Le territoire de la ville compte environ 70 000 acres de terres, dont des dizaines en friche.
La création d’Incredible Aqua Garden résulte aussi des actions d’Incredible Edible. L’entreprise, qui se spécialise dans la culture aquaponique, est l’une des deux spin-offs nées de cette initiative. L’autre entreprise sociale, Incredible Farm, lancée en 2009 et employant deux personnes, est une pépinière et un centre d’horticulture qui produit des arbres et des arbustes fruitiers de même que des légumes et des fines herbes. L’enseignement auprès des jeunes est aussi au cœur de ces deux entreprises, qui reçoivent régulièrement la visite d’élèves du primaire et du secondaire. Dans les écoles, qui ont aussi leurs potagers, des cours liés à l’agriculture sont maintenant offerts. Les gens d’Incredible Edible souhaitent d’ailleurs que les cantines scolaires s’approvisionnent davantage localement.

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Autre retombée : l’affluence de visiteurs a donné naissance à une nouvelle forme de tourisme, le tourisme potager, dit Estelle Brown, et a mené à la création d’une route verte qui parcourt la ville. De nouveaux bed and breakfast ont ouvert leurs portes pour recevoir les visiteurs.
Incredible Edible a aussi amélioré les relations entre la population et ses policiers, affirme l’inspecteur Dave Browning. «Les résidents viennent cueillir des produits dans les bacs situés devant le poste de police. Ça crée des occasions d’engager la conversation et de mieux faire comprendre notre rôle», dit-il. M. Browning souligne que le taux de criminalité est en baisse depuis l’émergence d’Incredible Edible, même s’il ne peut prouver que les deux phénomènes sont reliés.
ça a été constaté" dans les bidonvilles de Naïrobi, Voir plus bas.

Enfin, de nouveaux résidents viennent s’établir à Todmorden, attirés par ce mouvement communautaire. C’est le cas de Melvin Coleman : «Nous voulions justement déménager et Incredible Edible a influé sur notre décision de nous établir ici».
Un jour, Mary Clear a eu la visite surprise de deux jeunes frères venus cogner à sa porte. Ils lui apportaient de la soupe préparée par leur mère avec des légumes et des fines herbes récoltés à leur retour d’école, en passant devant le potager de Mme Clear, qui a été très touchée par ce geste.
Un article signé Pierre Théroux publié par le magazine Les Affaires en ligne ICI.

Si vous souhaitez faire la visite et découvrir la Green Route de la co-création joyeuse au sein du processus de l’abondance partagée des incroyables comestibles sur le site, vous êtes cordialement invités à entrer par la grande porte, vous y êtes attendus en fête par les enfants qui ont préparé votre venue avec les citoyens jardiniers – cuisiniers – musiciens des Nouveaux Territoires du Nouveau Monde. L’entrée se situe là où tout à commencé, c’est-à-dire à Todmorden, au Royaume-Uni d’Angleterre.
Le lien vers la Parade Festive se trouve ICI.

Vidéo - Incredible Edible Todmorden
Court-métrage mettant en évidence le travail totalement novateur d'auto-production de l'alimentation locale des "Incroyables Comestibles de Todmorden" par la participation des habitants en coopération avec les forces économiques, associatives et politiques du territoire, rendant possible l'autonomie alimentaire de la population.


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Il y a quelques années, j'avais mis sur un autre blog un article sur l'initiative de culture en sac par certaines femmes dans les allées d'un bidonville de Naïrobi, pour motiver les français à devenir autonomes!!??
La délinquance avait disparue car les enfants avaient planté autour du bidonville et trouvaient ainsi leur utilité.
J'ai aussi à cette époque rencontré aux mardis de l’environnement à Paris, un africain qui plantait des arbres en Afrique par milliers comme c'est le cas dans tant de pays pendant que d’autres en brûlent pour avoir plus de pâturages. Ne mangeons plus de viande!.
On ne nous montre pas ces initiatives courageuses dans les médias, ça nous donnerait la bonne idée d'en faire de même mais ça ne bénéficierait pas aux familles dominantes qui ont main mise sur les médias.

L'arrière de la maison du peintre de Pontrieux.
Alors plantons partout. Assez de ces espaces inutiles, de ces arbres qui ne donnent pas de fruits. Nous pouvons allier l'utile à l'agréable, marier jardin potager et fleurs comme j'ai vu dans le jardin d'un peintre à Pontrieux en Bretagne.!!! Il y a des légumes et des fleurs qui cohabitent pour le mieux, comme le persil qui protège les rosiers des invasions de pucerons.
Il y a des livres en Pdf là dessus sur le net. Nous sommes tous des jardiniers, la terre est un grand et magnifique jardin que nous avons laissé abîmer, il est grand tant de le restaurer !

Je ne trouve plus l'article. Par contre, je ne suis pas certaine que ceci ne soit pas une arnaque de plus.
J'ai vu en Inde ce genre d'organisations s'en  mettre plein les poches en jouant avec notre bon cœur.
Il m'a été dit que CARE qui est une des plus grosses ONG, ça n'est pas bon.
Pour ma part, je ne donne rien à ces organisations, comme le cancer, le Sida et autres, ça tombe dans les poches de ceux qui provoquent ces maladies. Beaucoup d'ONG travaillent pour la CIA qui ne travaille certainement pas pour nous.
Dans le doute, je m'abstiens et je fais le boulot moi même.
Je préfère aider local ou lorsque je suis dans le pays directement avec les personnes concernées.
Tant de gens pensent aider en Inde et remplissent les poches de gens peu scrupuleux ou créent une dépendance chez des gens qui étaient heureux avec peu!
Mais cette article montre comment il est possible de faire des miracles dans un milieu "hostile", comment est organisée cette culture et comment il est possible de se défendre efficacement des insectes et autres nuisances localement et naturellement?

A Nairobi, des jardins potagers en sacs



Des sacs remplis de terre permettent à des familles défavorisées du Kenya de cultiver des légumes (© Solidarités)
Des sacs remplis de terre permettent à des familles défavorisées du Kenya de cultiver des légumes
Le paysage des quartiers pauvres de Nairobi est en pleine mutation. Dans le dédale des bicoques aux murs de boue recouverts de toits de tôle, des jardins potagers fleurissent dans les espaces libres. Pas des carrés de légumes, il n'y a pas assez de place pour cela, mais des sacs remplis de terre, posés droits et d'où s'échappent de toutes parts des plants de chou et d'épinard, des herbes et des oignons. On estime que ces jardins en sac ont déjà permis à une partie des familles les plus pauvres du Kenya d'épargner l'équivalent de millions de shillings (Ksh) en leur évitant de dépenser de l'argent pour l'achat de légumes.
Le concept du « jardin en sac » a été introduit par une ONG internationale, suite aux violences post-électorales et à la sécheresse de 2008. Dans les bas-quartiers de Mathare, Kiambiu, Mukuru et Kibera, l'ONG française Solidarités International a fourni à ce jour des jardins en sac à 48.500 ménages, jardins qui profitent directement à plus de 240.000 personnes. « Près de 70 % des participants à ce projet sont des femmes », explique Winnie Mbusya, Coordinatrice du programme pour Solidarités International. « La majorité de celles-ci ont entre 17 et 35 ans et ont la responsabilité de nourrir leurs familles. La plupart des femmes adhèrent ainsi à ce projet principalement pour accroître leur accès à la nourriture ».

Des bénéfices pour le porte-monnaie et la santé

« Lorsque nous avons commencé à introduire cette technique, les gens n'y croyaient pas, » se rappelle Mbusya. « Mais une fois constatés les résultats, les sacs ont été rapidement adoptés ». En 2010, environ 76.000 sacs ont été distribués à 19.000 familles. « Ce qui représente un total d'un hectare de jardins en sac », précise Mbusya. « A raison de 40 plants par sac, il aurait fallu plus de 33 hectares pour planter l'équivalent en pleine terre ».
Il y a deux ans, Lillian Khayesi a quitté l'ouest du Kenya pour Nairobi afin de trouver un travail. Femme seule, malade et avec un enfant à charge, elle n'a pu trouver aucun emploi. « Ces sacs sont une ressource vitale pour moi », explique-t-elle. « Avant je dépendais entièrement de ma communauté, mais maintenant je peux nourrir mon fils sans l'aide de personne ». Ann Owino, une autre bénéficiaire, dépensait chaque jour 35 Ksh pour acheter des choux et des oignons afin de nourrir ses huit enfants ; grâce à ses deux sacs, elle peut désormais économiser 140 Ksh chaque semaine, de l'argent qu'elle utilise pour se procurer d'autres produits alimentaires et ainsi améliorer le régime quotidien se la famille.
Une colonne centrale de pierres permet à l'eau d'irriguer toutes les parties du sac (© Solidarités)
Une colonne centrale de pierres permet à l'eau d'irriguer toutes les parties du sac
Depuis qu'elle a rejoint le projet comme bénéficiaire, Millicent Atieno n'a pas du acheter d'oignons ni de coriandre pour sa famille qui compte cinq personnes. Sa voisine, Roseline Anyango, se débrouille encore mieux avec ses dix sacs : non seulement elle produit suffisamment de légumes pour son ménage de quatre, mais gagne 60 Ksh chaque jour grâce à la vente de choux et d'oignons. « C'est ce vers quoi nous essayons que le projet tende : que les familles aient assez de légumes pour se nourrir et qu'elles puissent aussi vendre des surplus à leurs voisins pour dégager un revenu », explique Mbusya.
Solidarités International aide les agriculteurs en leur fournissant des plants et en les formant à la culture et à la gestion de ces potagers en sacs. Si de l'extérieur les sacs semblent remplis de terre, il y a toutefois une colonne de pierres en leur centre : cela permet à l'eau d'irriguer toutes les parties du sac, et les plantes peuvent ainsi pousser aussi bien sur les côtés qu'au sommet. Chaque sac compte une trentaine de plants, le nombre variant en fonction du type de cultures, et est soumis à un régime d'irrigation strict - au départ deux fois par jour. L'essentiel de l'eau utilisée pour arroser les sacs provient de puits creusés à la main, la plupart des cultivateurs récupérant également les eaux domestiques usées.

De nombreux défis : terre, eau, ravageurs …

Mbusya raconte qu'alors que le projet gagnait en popularité au sein de la population urbaine pauvre, il a fallu régler plusieurs problèmes récurrents, et notamment la recherche d'espaces où déposer les sacs ainsi que l'accès à de la terre fertile et à l'eau. Des tests ont par ailleurs dissipé les craintes initiales concernant la présence de métaux dangereux dans les légumes ainsi cultivés.
Les ravageurs ont également été une source d'ennuis mais le recours à des solutions maison a permis de les éradiquer et d'accroitre la fertilité des sols. Marion Ng'ang'a, responsable technique du projet, explique comment les agriculteurs ont appris à fabriquer du composte avec les déchets de cuisine et les matières organiques récupérées dans les décharges locales, et comment ils ont également tenté d'intercaler la culture de leurs légumes avec des variétés de légumineuses comme le niébé. Une plante locale, le tournesol sauvage (Tithonia diversifolia), connue pour sa richesse en azote, est broyée et mélangée à de l'eau pour en faire un engrais foliaire. « On écrase également de l'ail, du sornet (Bidens pilosa), du poivre et des plantes locales à l'odeur forte, que l'on mélange ensuite à de l'eau, pour faire un bio-pesticide assurant une protection efficace contre une série d'insectes et d'oiseaux », poursuit Ng'ang'a. Préparé de la même manière, la Tagetes minuta s'est aussi avérée utile pour protéger les plants contre les maladies fongiques et les nématodes.

Un projet qui s'inscrit dans la durabilité
Les écoles des quartiers pauvres ont également adopté le concept des 'jardins en sacs' (© Solidarités)
Les écoles des quartiers pauvres ont également adopté le concept des 'jardins en sacs'
© Solidarités
Mbusya relève encore que le concept du jardin en sac ne profite pas qu'aux seules femmes : il a également été adopté par les écoles de ces quartiers. « Chaque élève s'occupe d'un sac », explique James Maora, professeur de sciences à l'Ecole secondaire 'Olympic'. « Les récoltes sont utilisées par la cantine de l'école et grâce aux économies que nous faisons, nous pouvons aider ceux qui ne peuvent pas payer les frais de scolarité. En contrepartie, les enfants doivent utiliser cette technique chez eux. Les familles sont ravies de ces jardins en sac. Ce que les enfants apprennent ici leur restera pour la vie ». Autre indice de l'appropriation du projet par les communautés, des groupements et des particuliers ont créé des pépinières et vendent des plants de légumes à leurs collègues agriculteurs.
En 2010 et 2011, Solidarités International a collaboré étroitement avec les agents de développement du gouvernement pour renforcer leurs compétences et leur permettre de fournir l'aide nécessaire en matière de culture en sacs. Ceci a permis à l'ONG de revoir à la baisse son programme de sécurité alimentaire dans les quartiers de Kibera, Mathare et Kiambiu dès la fin de l'année 2011. Selon Keith Porter, Directeur du bureau de Solidarités International pour le Kenya et la Somalie, l'impact durable des activités développées dans le cadre de ce projet semble très important, mais ce ne sera qu'au milieu voire vers la fin de l'année 2012 que l'on pourra le mieux apprécier l'effet sur la durabilité, lorsque les bénéficiaires et les équipes d'agents de développement auront pu travailler entre 6 et 12 mois sans l'aide quotidienne de Solidarités International. 
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De nouvelles vidéos de Lydia et Claude Bourguignon dont je vous ai parlé dans l'article d'hier.
Toujours aussi complices et amoureux.
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Voyage entre sols et terre!

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