vendredi 26 septembre 2014


26/09 - PÉDOPHILIE : LE VATICAN 
ENGAGE DES POURSUITES 
CONTRE UN EX-PRÉLAT. 

Le Point - Publié le 23/09/2014:
L'ouverture d'une procédure pénale contre le Polonais Jozef Wesolowski pourrait aboutir au premier procès pour pédophilie au Vatican.

Le Vatican a annoncé mardi l'ouverture d'une procédure pénale pour pédophilie contre son ancien nonce apostolique (ambassadeur) en République dominicaine, le Polonais Jozef Wesolowski, qui a été assigné à résidence à l'issue d'une audience préliminaire. Le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, a précisé que ces poursuites avaient été entamées "conformément à la volonté exprimée par le pape, afin qu'une affaire aussi grave et délicate soit traitée sans retard, avec la rigueur juste et nécessaire, et une entière prise de responsabilité de la part des institutions à la tête du Saint-Siège". Ces poursuites pourraient aboutir au premier procès pour pédophilie dans la petite cité État.

Ancien archevêque, Jozef Wesolowski avait déjà été condamné en juin par un tribunal ecclésiastique à la réduction à l'état laïque - un renoncement au sacerdoce qui constitue la peine maximale pour un prélat - en raison des faits qui lui étaient reprochés. Il avait fait appel et le père Lombardi avait laissé entendre que la décision pourrait être rendue en octobre et qu'un procès au pénal pourrait ensuite être intenté.

Jozef Wesolowski, 65 ans, avait été dénoncé par les médias dominicains pour avoir eu des relations tarifées avec des mineurs dans la "zona colonial", le centre historique de Saint-Domingue. Six mois avant la condamnation au niveau ecclésiastique de l'ancien nonce, le Comité des Nations unies sur les droits des enfants avait cité son cas pour illustrer l'absence d'initiatives du Vatican dans la lutte contre les sévices sexuels infligés aux mineurs par des prélats.

Des dizaines de milliers de cas révélés
Le Vatican et l'Église catholique ont été décrédibilisés par le scandale des prêtres pédophiles, quand des dizaines de milliers de cas ont été révélés dans les pays occidentaux, des États-Unis à l'Irlande, remontant souvent aux années 1960 et 1970. L'Église est critiquée pour avoir continué de protéger et s'être contentée de muter des prêtres pédophiles, de peur du scandale, mais sans égard pour les enfants. L'opacité de la procédure de l'enquête canonique secrète, gérée au Vatican par la Congrégation pour la doctrine de la foi, a aussi été dénoncée, l'Église affirmant avoir voulu protéger la présomption d'innocence et l'anonymat des victimes.

Jozef Wesolowski a été ordonné prêtre en 1972 par l'archevêque de Cracovie, le cardinal Karol Wojtyla, qui est par la suite devenu le pape Jean-Paul II, canonisé cette année. Représentant du Vatican en Bolivie, Jozef Wesolowski avait ensuite été en poste dans différents pays d'Asie, avant que Benoît XVI ne le nomme en République dominicaine en 2008. La presse affirme qu'il a été associé à un autre prêtre polonais, Wojciech Gil, dans des actes de pédophilie commis dans ce pays des Caraïbes.
Vidéo ici :

Le pape François en croisade contre le clergé pédophile

Jozef Wesolowski, en 2009 à Saint-Domingue.Le Point - Publié le 24/09/2014 à 15:16 - Modifié le 24/09/2014

L'arrestation, au Vatican, de l'archevêque polonais Józef Wesolowski, accusé de pédophilie, est un tournant dans l'attitude de l'Église.

Accusé de pédophilie, l'archevêque polonais Józef Wesolowski a été arrêté mardi soir par la gendarmerie vaticane. Cette initiative, "voulue et décidée par le pape François", a précisé le porte-parole de la salle de presse du Vatican, le père Federico Lombardi, est une première dans l'histoire de l'Église. C'est en effet la première fois qu'un prélat est arrêté dans l'enceinte de l'État du Vatican.
Les accusations de pédophilie contre Józef Wesolowski, qui a été assigné à résidence pour des raisons de santé, ne sont pas nouvelles. L'archevêque polonais, aujourd'hui âgé de 66 ans, appartenait aux services diplomatiques du Saint-Siège et fut en poste dans de nombreux pays. C'est à Saint-Domingue, où il était nonce apostolique de 2008 à 2013, qu'il aurait, selon de nombreux témoignages, eu des rapports sexuels avec de jeunes garçons rencontrés sur une plage. Monseigneur Wesolowski fut rapatrié au Vatican en 2013. La Congrégation de la foi a instruit un procès canonique et, en juin 2014, l'archevêque a été réduit à l'état laïque - un renoncement au sacerdoce, qui constitue la peine maximale pour un prélat. Décision dont il a fait appel.
Boîte de Pandore
Mais le scandale était devenu trop international pour en rester là. En mai dernier, l'Agence des Nations unies contre la torture a demandé l'ouverture d'une enquête sur Mgr Wesolowski. Il y a deux semaines, le New York Times s'est indigné du témoignage d'un évêque de Saint-Domingue qui avait rencontré le prélat polonais en train de se promener en toute tranquillité dans les rues de la ville éternelle. Une mauvaise publicité qui a sans nul doute accéléré l'ouverture d'un procès pénal par le Saint-Siège.
Reste que la décision de pape François marque un nouveau tournant dans l'attitude de l'Église à l'égard des prêtres pédophiles. Jean-Paul II porte la responsabilité d'avoir systématiquement enterré toutes les enquêtes. Le pape polonais, qui se voyait comme un rempart contre le communisme, ne voulait pas affaiblir l'Église en ouvrant la boîte de Pandore. Il protégea ainsi jusqu'à sa mort le père Marcial Maciel Degollado, fondateur des légionnaires du Christ, coupable d'inceste sur ses propres enfants.

"La saleté", "une lèpre"
Avant même d'être élu pape, Joseph Ratzinger, lui, brisa l'omerta en dénonçant en 2005, lors du chemin de croix, "la saleté dans l'Église". Devenu évêque de Rome, Benoît XVI a réduit à l'état laïque 400 prêtres pédophiles. Mais, en position de faiblesse face à une curie récalcitrante, le pape allemand n'a pas eu la force d'ouvrir un procès contre Marcial Maciel Degollado. Et il n'a pas obligé les évêques à dénoncer aux autorités civiles de leur pays les prêtres coupables d'abus sur des enfants.
Le pape François a lui aussi dénoncé la plaie de la pédophilie dans le clergé, et a demandé le 7 juillet dernier pardon aux victimes au nom de l'Église. Il a pris acte que la hiérarchie était directement impliquée : "La pédophilie est une lèpre présente dans l'Église et qui a contaminé des évêques et des cardinaux." Il a également condamné l'omerta des responsables qui ont couvert les abus : "Tous les évêques doivent exercer leur rôle de pasteur avec toute l'attention possible pour la protection des mineurs et ils doivent rendre compte de cette responsabilité."
Au-delà des mots, c'est en faisant arrêter Mgr Wesolowski à quelques mètres de la basilique Saint-Pierre que François a démontré que rien ne serait désormais comme avant pour les prêtres pédophiles.


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