samedi 20 septembre 2014

20/09 - ONG ET ESCROQUERIES
 Des associations caritatives accusées d'escroquerie
 Raphaël Moran 14/10/2009

Où sont passés les millions d’euros? Une enquête de justice vise 17 organismes humanitaires.

Agir pour les enfants du monde, Mission médicale internationale, Village du monde pour enfants… Ces associations font régulièrement appel à votre générosité via vos boîtes à lettres. Elles utilisent parfois des photos d’enfants aux corps décharnés par la faim. Et certaines vont jusqu'à envoyer du matériel de couture, cherchant peut-être à s'attirer la bienveillance - et l'argent- des fans de broderie...
Aujourd’hui, 17 de ces associations, pour la plupart domiciliées aux Etats-Unis, sont suspectées par la justice française d’escroquerie et d’abus de confiance, comme le révèle le quotidien Le Parisien-Aujourd’hui en France.

D’après des sources judiciaires citées par le quotidien, une faible part (entre 1 et 20%) des dons iraient directement à de l’aide effective, et l’essentiel serait consacré à la collecte d’argent. Deux juges du pôle financier du tribunal de Paris sont chargés d’enquêter sur la destination de millions d’euros issus des donations du public.

Opprobre
Parmi les associations mises en cause et contactées par Youphil, seule Agir pour les enfants du monde a réagi. Cette organisation caritative est la déclinaison française du World Children Fund, fondée aux Etats-Unis et présente dans 11 pays européens. Son vice-président, Robbert Boelkens se dit "très surpris par les informations diffusées dans la presse."

Selon lui, "sur les 4 millions d’euros collectés en France par Agir pour les enfants d’avril 2007 à avril 2008, autour de 65 à 70% sont attribués directement à l’aide". "Nous consacrons environ 20% du budget à la collecte de fonds", précise Robbert Boelkens. Un pourcentage qui peut paraître élevé, mais qui est assez courant.
En fait, le scandale est ailleurs. Les 17 associations devront en effet s’expliquer sur d’éventuels détournements de fonds, notamment vers les Etats-Unis. Les enquêteurs se tournent à présent vers la société Saturn Corporation qui récolte les fonds de plus de la moitié des 17 organisations incriminées et gère également le fichier des adresses des donateurs.

Marketing trash
Evidemment, un tel scandale risque de décourager les donateurs. "Il faut absolument éviter un amalgame avec l’ensemble du secteur des ONG en France", prévient Cyrille Cohas-Bogey, directeur du Comité de la charte, l’organisme qui certifie la transparence des finances des principales ONG comme les Restos du Cœur ou la Croix Rouge.
Or, parmi les 17 associations visées par l’enquête du tribunal de Paris, aucune n’est agréée par le Comité de la Charte. "Ce ne sont parfois que des boîtes aux lettres, la justice tranchera", juge Cyrille Cohas Bogey.

Pour s’attirer les dons du public, certaines des associations mises en cause ont choisi des noms similaires à ceux des ONG déjà connues du grand public. Il est en effet facile de confondre "Villages du monde pour enfants", avec l’ONG française "SOS villages d’enfants", qui, elle, est reconnue par le Comité de la Charte.

Enfin ces associations ne lésinent pas sur les contenus larmoyants, une pratique bannie par les grandes ONG françaises. Le directeur du Comité de la charte du don en confiance rappelle à ce propos que "la dignité des bénéficiaires des dons" est l’un des principes respectés par les associations agréées. Une règle de conduite humaniste que les associations mises en cause semblent avoir oublié.

Les questions à se poser avant de faire un don :
-Qui sont les dirigeants de l’ONG à qui je donne?
-Est-ce que je peux la contacter facilement?
-Est-ce que l’ONG m’a déjà envoyé son bilan d’activité?



 ONG PARAVENTS DES SERVICES SECRETS ÉTRANGERS
 22 juillet 2013 par Salim Lamrani


« De nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire »

Développement de l’idéologie des droits de l’Homme, servant comme faire-valoir pour légitimer l’hégémonie occidentale sur le monde, thématique à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, et lecture sur le modèle de développement adopté par certains pays d’Amérique du Sud, et qui est à même, selon lui, de constituer une alternative pour les peuples du tiers-monde, notamment, Salim Lamrani, docteur ès Etudes ibériques et latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, maître de conférences à l’Université de La Réunion, et, également, journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, nous livre dans cet entretien un éclairage sur ces questions.

Entretien réalisé par Boudjemaa Medjkoun et Mehdia Belkadi
Reporters : Le département d’Etat américain vient de publier son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde dans lequel il s’évertue, comme à son accoutumée, à distribuer les bons points aux pays amis et critique ceux jugés récalcitrants, au moment même où les services secrets américains, la NSA et la CIA, ainsi que les services britanniques, sont épinglés par les révélations d’Edward Snowden, qui font état de l’existence de vastes programmes d’espionnage systématique et massif, qui constituent une violation du droit fondamental à la vie privée et à la confidentialité de la correspondance. De quelle crédibilité peut se prévaloir un tel rapport et quel degré d’objectivité peut-on lui accorder ?

Salim Lamrani : La problématique des droits de l’Homme est bien souvent politisée et utilisée à l’encontre des nations ciblées par les États-Unis. Les déclarations de Washington à ce sujet ne sont pas crédibles dans la mesure où ses meilleurs alliés en Amérique latine sont les nations qui présentent la pire situation des droits de l’Homme tels que le Mexique, la Colombie ou le Honduras. Au Moyen-Orient, les pays disposant des meilleures relations avec les États-Unis sont les pires théocraties de la région tels que le Qatar ou l’Arabie saoudite. Ces rapports servent uniquement à justifier auprès de l’opinion publique l’hostilité à l’égard de certains pays.

Sur le continent latino-américain, le pays le plus stigmatisé à propos de la question des droits de l’Homme est Cuba. Cependant, je vous invite à prendre le dernier rapport d’Amnesty International et de comparer la situation des droits de l’Homme à Cuba et aux États-Unis par exemple. On sera grandement surpris par les découvertes. Même chose pour l’Union européenne, prenez le rapport sur Cuba et comparez-le aux rapports sur les 27 pays membres et vous verrez que l’UE ne dispose absolument d’aucune autorité morale pour disserter sur la question des droits de l’Homme.
Tout comme les grandes puissances, les médias manipulent également la question des droits de l’Homme. Je vous invite à jeter un œil sur mon ouvrage qui sortira en septembre 2013 que j’ai intitulé : « Cuba : les médias face au défi de l’impartialité ».

Reporters : En Europe, la législation de plusieurs pays, dont la France, interdit le financement d’organisations qui peuvent influer sur l’opinion et la changer. Au même moment, ces pays ne se gênent pas, à travers des organismes spécialisés créés à cet effet de financer et d’encadrer des associations et ONG à travers le monde, avec l’objectif d’agir sur l’opinion et de la canaliser en fonction de leurs intérêts. 

Comment expliquer cette duplicité et sa justification ?
Salim Lamrani : Tous les pays du monde sanctionnent par le biais de leur Code pénal le fait d’être stipendié par une puissance étrangère. En France, l’article 411-4 du Code pénal prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. En réalité, de nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire.
Un soit disant ONG est allée piller les Haïtiens après le tremblement de terre provoqué plutôt que de les secourir, ce qu'à fait Cuba.

Reporters : Pour aborder un autre sujet, quelle lecture faites-vous de la situation en Amérique du Sud, notamment avec l’ouverture amorcée à Cuba, la disparition du président Chavez et le ralentissement remarqué dans l’élan des projets d’intégration régionale ? Et avec l’émergence, ces dernières années, de dirigeants de gauche à la tête de plusieurs pays, pensez-vous qu’un processus de changement global puisse prendre corps à partir de l’Amérique du Sud ?

Salim Lamrani : L’avenir se trouve dans la nouvelle Amérique latine dont font partie des nations telles que le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Nicaragua, l’Uruguay, sans oublier la présence historique de Cuba. Ces nations ont élu à leur tête des dirigeants progressistes qui ont choisi de placer l’humain au centre du projet de société et les résultats sont spectaculaires. On note partout un recul de la pauvreté, une amélioration de l’indice de développement humain, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. Le cas le plus spectaculaire reste le Venezuela d’Hugo Chávez qui a quasiment éradiqué l’extrême pauvreté, s’est débarrassé de l’analphabétisme et fait désormais partie des nations à IDH élevé. Tous ces pays ont en quelque sorte atteint une seconde indépendance et adoptent ensemble des politiques d’intégration régionale, avec l’Alliance bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) et la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui regroupe pour la première fois de l’histoire les 33 pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe. L’Amérique latine a réussi à s’émanciper de l’ombre tutélaire des Etats-Unis et n’a jamais été aussi unie de son histoire.

Reporters : 51 ans après, quelle est, aujourd’hui, la réalité de l’embargo américain sur Cuba ? Et quelle est la nature de l’ouverture opérée ces derniers temps, avec l’arrivée aux commandes de Raul Castro ? Est-elle une évolution contrôlée ou une réalité imposée par le contexte régional et mondial, et quel sera son impact sur le développement des rapports de force en Amérique du Sud ?

Salim Lamrani : Comme je le souligne dans mon livre État de siège, les États-Unis imposent à Cuba des sanctions économiques unilatérales depuis 1960. Elles ont été établies en pleine Guerre froide dans le but de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, dont les réformes économiques et sociales n’étaient guère appréciées par l’administration Eisenhower de l’époque. Plus d’un demi-siècle plus tard, alors que l’Union soviétique a disparu et que la Guerre froide n’est plus qu’un vieux souvenir, Washington persiste à maintenir un état de siège économique qui asphyxie toutes les catégories de la population cubaine et qui affecte en premier lieu les secteurs les plus vulnérables, à savoir les femmes, les personnes âgées et les enfants.

Il faut savoir que la rhétorique diplomatique pour justifier l’hostilité étasunienne vis-à-vis de Cuba a fluctué selon les époques. Dans un premier temps, il s’agissait des nationalisations et leurs indemnisations. Par la suite, Washington a évoqué l’alliance avec l’Union soviétique comme principal obstacle à la normalisation des relations entre les deux pays. Puis, dans les années 1970 et 1980, l’intervention cubaine en Afrique, plus précisément en Angola et en Namibie, pour aider les mouvements de libération nationale à obtenir leur indépendance et pour lutter contre l’Apartheid en Afrique du Sud, a été pointée du doigt pour expliquer le maintien des sanctions économiques. Enfin, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, Washington brandit l’argument de la démocratie et des droits de l’Homme pour maintenir l’étranglement économique sur la nation cubaine. Les sanctions économiques contre Cuba constituent le principal obstacle au développement du pays et tous les secteurs de la société en sont affectés. Il faut savoir que les États-Unis ont toujours été le marché naturel de Cuba pour des raisons historiques et géographiques évidentes. La distance qui sépare les deux nations ne dépasse pas les 150 km. En 1959, 73 % des exportations cubaines étaient destinées au marché étasunien et que 70 % des importations en étaient issues. Il y avait donc une forte dépendance à l’égard du Voisin du Nord. Entre 1960 et 1991, les relations avec l’URSS avaient permis d’atténuer l’impact des sanctions, mais ce n’est plus le cas désormais.

Concrètement, Cuba ne peut rien vendre aux États-Unis, qui reste le premier marché du monde, et ne peut rien acheter hormis quelques matières premières alimentaires depuis l’année 2000, mais à des conditions drastiques telles que le paiement des marchandises à l’avance dans une autre monnaie que le dollar – donc Cuba doit assumer les frais de taux de change – et sans possibilité de contracter un prêt. Cela limite donc énormément les possibilités commerciales de l’île, qui doit se fournir auprès de pays tiers à un coût bien supérieur.

Depuis 1992 et l’adoption de la loi Torricelli, les sanctions s’appliquent également aux pays tiers qui feraient du commerce avec Cuba, ce qui constitue une grave violation du droit international qui prohibe à toute législation nationale d’être extraterritoriale – c’est-à-dire de s’appliquer au-delà du territoire national. En effet, la loi française ne peut pas s’appliquer en Espagne tout comme la loi italienne ne peut pas s’appliquer en France. Néanmoins, la loi étasunienne sur les sanctions économiques s’applique à tous les pays qui font du commerce avec Cuba.


Ainsi, toute embarcation étrangère qui accosterait à un port cubain se voit interdire l’entrée aux États-Unis pendant six mois. Cuba étant une île, elle est fortement tributaire du transport maritime. La plupart des flottes commerciales opérant dans le détroit de Floride réalisent logiquement la plus grande partie de leurs activités avec les États-Unis au vu de l’importance du marché. Donc, elles ne prennent pas le risque de transporter des marchandises à Cuba et lorsqu’elles le font, elles exigent un tarif bien supérieur à celui appliqué aux pays voisins tels qu’Haïti ou la République dominicaine, afin de pallier le manque à gagner découlant de l’interdiction d’accoster à un port étasunien. Ainsi, si le prix habituel du transport de marchandises est de 100 pour la République dominicaine, il passe à 600 ou 700 lorsqu’il s’agit de Cuba.

Depuis l’adoption de la loi Helms-Burton en 1996, tout entrepreneur étranger qui souhaiterait investir à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 se voit menacé de poursuites judiciaires aux États-Unis et ses avoirs risquent d’être gelés. Cette loi est une aberration juridique dans la mesure où elle est à la fois extraterritoriale et rétroactive – c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la loi – ce qui est contraire au droit international. Prenons le cas de loi anti-tabac en France. La loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Mais si on a fumé dans un restaurant le 31 décembre 2007, on ne peut pas être condamné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive. Or, la loi Helms-Burton s’applique pour des faits survenus dans les années 1960, ce qui est illégal.

Un constructeur automobile allemand, coréen ou japonais – peu importe sa nationalité en réalité – doit démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Donc, Cuba ne peut pas vendre ses ressources et ses produits aux États-Unis, mais dans ces cas précis, elle ne pourra pas les vendre à l’Allemagne, la Corée ou le Japon. Ces mesures extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux marchés à travers le monde.

Reporters : Avec la disparition du président Hugo Chavez, le Venezuela a perdu un leader dont l’action, que ce soit sur le front interne ou sur le plan international, a permis, dans une certaine mesure, de contrer, voire de neutraliser les plans de l’impérialisme US et mondial, à défaut d’arrêter son expansion. Qu’en sera-t-il désormais ? Le nouveau président, Nicolas Maduro, peut-il prétendre jouer le même rôle ? Sera-t-il en mesure de relever le défi et de maintenir le cap impulsé par son prédécesseur, et sur le plan interne et sur le plan international ?

Salim Lamrani : Hugo Chávez a joué un rôle fondamental dans l’intégration et l’émancipation de l’Amérique latine. Il a fait du continent un acteur majeur des relations internationales et s’est fait en quelque sorte le porte-parole du Tiers-monde. Son successeur Nicolás Maduro est son plus fidèle disciple et saura répondre aux défis qui attendent le Venezuela, avec sa propre méthode, son propre style et ses propres caractéristiques. Il n’y aura qu’un Hugo Chávez dans l’Histoire du pays, comme il n’y aura qu’un Simón Bolívar.

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano (à paraître en septembre 2013).


Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr
Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel


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